Le mot du président

L’UNION NAUTIQUE PROVENÇALE depuis 1932

Par son président Alain Ravot, un Marseillais de coeur…

L’Union Nautique Provençale voit le jour en 1932. Association · de loisirs tout particulièrement tournée vers la pêche, les passionnés de ce sport y sont toujours aussi actifs. Ce club a une particularité: il est le seul dont le président n’est pas marseillais. Mais comment ce Monsieur Brun local a-t-il pu devenir le représentant de l’UNP ? …

Le 1er octobre 1932, un club dont l’activité déclarée est « le développement du canotage» se constitue sur le Quai du Port actuel: l’Union Nautique Provençale. Le canotage a évolué au fil des années et aujourd’hui, le club s’est fait une spécialité: la pêche sportive. Il est d’ailleurs affilié à la Fédération Française de Pêche en Mer. La personne la plus à même de parler de l’UNP et de ses 93 bateaux est Alain Ravot, son président.

Pourquoi ? Parce que lui-même en a fait la découverte il y a tout juste six ans et a su comprendre les us et coutumes en y apportant une petite touche de rigueur. Dans le chalet règne un joyeux brouhaha … Tous les membres du bureau sont venus assister leur président, et rendre hommage à son travail. C’est que ce Lyonnais est un cas d’école sur le Vieux-Port. « Je suis le Monsieur Brun local !

J’ai 71 ans et dès que je me suis retrouvé à la retraite, je suis venu vivre à Eguilles avec ma femme, et dans la tête un rêve d’enfance. Petit, je partais régulièrement pour les vacances sur l’île d’Oléron où, avec mon père, nous allions à la pêche. J’ai toujours voulu reproduire ce bonheur et c’est ce que je fais ici! J’ai laissé mes coordonnées à tous les clubs de la côte pour leur dire que je cherchais un bateau et une place. Un jour, le président de ce club m’a téléphoné et depuis, je suis resté. C’est donc le hasard qui m’a fait venir ici, mais ça a été mon choix d’y rester, j’ai eu un accueil formidable! Mais jamais je n’aurais pensé me retrouver président, sur la demande de l’ancien en plus».

Si M. Lecas l’a choisi comme successeur, ce n’est pourtant pas un hasard. Avec son calme, son sens de la relation humaine et sa retenue, il sait imposer son point de vue d’une façon très différente, mais tout aussi efficace, que celle des Marseillais. Lui-même le concède : « Dans cette ville, c’est l’onctuosité qui domine, si l’on est trop cassant, rien ne passe. Bien que je ne sois pas du terroir, les sociétaires m’ont accepté lorsqu’ils ont compris que j’avais le sens des réseaux et que j’étais à leur écoute. Et puis, ils sentent que j’adore ce port, j’ai vu pas mal de rades dans ma vie, et celle-ci est vraiment unique! Lorsque je sors pour pêcher ou promener, je regarde le Fort Saint-Jean et la lumière sur le port, et je trouve que c’est tout un spectacle. En allant vers les calanques, le concept pêche-promenade prend tout son sens. J’ai un bateau de 6m15 parfait pour moi, ma femme n’aimant pas ça, et je le regrette bien sûr. Alors, oui, je suis devenu un Marseillais de cœur, même si je ne suis pas certain d’avoir déjà été adopté! En plus, j’aime les activités de ce club, j’apprends à mieux pêcher en écoutant les spécialistes ou les anciens ».

La pêche comme un art de vivre dans ce club connu même des Papous…

La pêche est un art de vivre à l’UNP et les concours, que ce soit ceux du club ou ceux de la fédération, sont toujours l’occasion d’organiser une belle journée. Dans ce domaine, Alain Ravot n’est pas encore tout à fait au point avec 800 grammes de poissons au maximum, je ne suis pas prêt d’égaler les autres !

Mais certains, comme Claude Roche, l’un des commissaires de pannes, (par ailleurs président régional de la fédération de pêche), connaissent parfaitement les endroits, les épaves, les courants, ils ont une connaissance capillaire de la rade, ils perpétuent une tradition, moi, c’est nettement plus improvisé, je pars avec un ami et nous faisons comme nous pouvons, en comptant plus sur la chance que sur le talent !

Claude Roche est effectivement un peu plus calé que son président et les méthodes de pêche n’ont pas de secret pour lui. « Avant, la pêche à la pierre, se faisait avec des débouchures de tôles pour bateaux. Les ouvriers les récupéraient pour lester la moule. Les mecs rivetaient les tôles des coques à chaud, à l’emporte pièce, et ils récupéraient le morceau de tôle pour le mettre dans la moule, avec l’hameçon et après, ils l’entouraient d’un élastique et balançaient leur appât à la mer.

L’hiver, on fait le poulpe, en dérive ou petite traîne avec un fil et un poisson. Avant, on le faisait avec des dizaines de pots reliés par une corde, le pêcheur les mettait le soir et le matin, il venait les ramasser. Ils le font encore en Grèce ou en Espagne avec des pots blancs en résine. Et puis, on a les dorades, le baliste, les barracudas vers Nice, des coryphènes, on trouve tout ce qu’on veut ici ! Il suffit de connaître les endroits et les saisons, mais ça se perd, les minots ne viennent plus avec les parents, ils préfèrent leurs jeux électroniques, les pères aussi souvent, d’ailleurs moi je trouve que tous ces jeux, c’est les meilleurs préservatifs du monde tellement les maris passent du temps devant in.

Lorsqu’ils ne sont pas devant leurs jeux, les hommes viennent partager, outre la pêche, les repas improvisés de l’Union Nautique Provençale, et là, tout le monde se retrouve, pour parler de bateaux et … de poissons. La mixité sociale disparaît, une alchimie se créé que même le président a du mal à décrire: « C’est incroyable, lors de ces repas, le clivage riche pauvre disparaît complètement, sociologiquement, il se passe vraiment quelque chose. C’est si fort, que même moi, je me suis mis à embrasser les hommes pour leur dire au revoir, ce qui n’était vraiment pas dans ma culture! Mais j’ai pensé que s’ils le faisaient, ça voulait dire quelque chose, alors, je l’ai pris comme un honneur, et depuis, c’est moi qui m’approche d’eux le premier. Vous voyez, c’est ça l’esprit de cette fameuse panne des clubs nautiques ! ».

Et cette magie attire, malgré les barrières, de bien curieux personnages… Outre un Fabrice Luchini qui, en voyant l’ambiance du club lors d’une fête, a fait arrêter son taxi pour passer la barrière et qui est reparti un peu éméché, l’UNP a fait découvrir la rade à des Papous … C’est Claude qui s’en est occupé, par hasard. « Un gars est venu me demander si on pouvait lui louer un bateau, je lui ai répondu : louer non, prêté oui!  » Il faisait un film pour Canal + et il a débarqué avec deux Papous de Nouvelle-Guinée. Nous, bien sûr, on a commencé par leur offrir quelques pastis, pour qu’ils découvrent le produit local, et puis on est allé en mer. Ils n’avaient jamais connu ça. Ils ont chanté tout le temps, torses nus, en plein mois de mars avec leur Mikado dans le nez! Avec Jeannot, on n’en revenait pas, ils rentraient dans la cabine de travers pour pas s’accrocher les narines, fallait voir le spectacle! Je me demande qui a été le plus étonné, finalement, eux ou nous … « .

L’Union Nautique Provençal n’est certes pas un très grand club, mais il est sans doute le seul à être connu de tous les pêcheurs et par deux Papous qui n’en sont pas encore revenus …